Il y a un mot qu'on n'associe presque jamais à une femme mariée : désirée. Aimée, oui. Respectée, souvent. Choisie, une fois, il y a longtemps, le jour où tout a été signé et scellé. Mais désirée, activement, comme on l'est avant, quand on ne sait pas encore si l'autre reviendra — ce mot-là, on me l'a retiré sans prévenir, quelque part entre le premier enfant et la routine du soir.
Alors j'ai un fantasme. Pas un scénario précis, pas une mise en scène élaborée. Quelque chose de plus simple et, je crois, de plus universel : être regardée encore comme si j'étais nouvelle. Être offerte à un regard qui ne me connaît pas par cœur, qui ne sait pas encore ce que je vais dire, et qui, pour cette raison même, me désire sans routine.
Ce que personne ne nous autorise à vouloir
On demande à une épouse d'être stable, disponible, rassurante. On ne lui demande jamais si elle a encore envie qu'on la trouve troublante. Ce glissement se fait si doucement qu'on ne le remarque pas : un jour on est une femme qu'on désire, le lendemain on est une femme sur qui on compte. Les deux ne s'excluent pas en théorie. Dans la pratique de milliers de couples, si.
Ce fantasme d'être encore regardée n'a rien d'exceptionnel. Je l'ai confié, prudemment, à deux amies mariées comme moi. Aucune n'a été choquée. Toutes les deux ont eu le même silence, suivi du même aveu : elles aussi. Ce que j'ai découvert ce jour-là, c'est que ce n'était pas mon secret honteux. C'était celui de presque toutes les femmes de mon âge, gardé sous le même verrou que le mien.
Ce que « offerte » veut vraiment dire
Ce mot me plaît, offerte, parce qu'il n'a rien de passif comme on le croit trop souvent. Être offerte, ce n'est pas se laisser faire. C'est choisir, en pleine conscience, de se montrer sans la carapace habituelle — celle de l'épouse qui gère, qui anticipe, qui protège tout le monde sauf elle-même. C'est un fantasme d'abandon, pas de soumission. La nuance compte énormément pour moi.
Je repense souvent à ce que j'écrivais dans ma première confession sur ce carnet : ce vide sourd d'être vue uniquement pour ce que je fais. Le fantasme d'être offerte, c'est exactement l'inverse. C'est vouloir être vue pour ce que je suis, dans ce qu'il y a de plus nu, sans qu'aucune tâche ménagère ne vienne s'interposer entre mon corps et le regard qu'on pose dessus.
Je ne suis pas seule à porter ça
Ce qui m'a le plus surprise, en creusant ce sujet, c'est de découvrir à quel point ce fantasme traverse l'âge sans s'éteindre — qu'on l'entretienne à trente ans ou bien après. J'ai discuté un soir, presque par curiosité, sur telrose-telephone-rose.fr/h/tel-rose-asiatique-cougar/, où d'autres femmes mûres racontaient exactement la même faim que la mienne, intacte malgré les années de mariage. Ça m'a rassurée plus que je ne l'aurais imaginé : ce désir-là ne s'use pas, il se tait, ce qui n'est pas la même chose.
Je n'ai pas de conclusion nette à donner à ce billet, seulement une certitude qui grandit : nommer ce fantasme, même ici, même sous un prénom qui n'est pas tout à fait le mien, m'a rendue un peu plus entière. Peut-être qu'il suffit parfois de se dire, à voix haute ou sur une page, qu'on a encore envie d'être désirée. Le reste suit, ou pas. Mais au moins, on cesse de se mentir.